Livres - Service N°02
Mis à jour le 21-Déc-2011 10:37
 
     
JEAN PIERRE MARCUOLA: LIVRES - SERVICE 02

Littéra... Tour

Passionné de littérature cycliste, Jean Pierre Marcuola fut l'un des premiers membres à soutenir Vélo Lorraine.

Sa rubrique "Livres-Service" ainsi que son ouvrage "L'histoire du Circuit des Mines" (http://velomoselle.free.fr/) figurent depuis de longue date sur notre site.
Il nous dit devoir sa passion à son père, boxeur amateur, qui eut la bonne idée de l'emmener sur un étape du Tour de France 1956.
Il passe en revue son enfance, nous parle des ses idoles, de ses souvenirs et de ses rencontres à travers des touchantes anecdotes.

Son travail pour les maisons d'éditions et les revues "Coups de Pédale" et "Vélo Star" lui procure de grandes satisfactions et ravit archivistes et collectionneurs.

Reportage réalisé le 16 mars 2010 à Serémange en Moselle.

POUR LE MEILLEUR ET POUR LES... PYRENNES

 


Henri Desgrange en avait fait le constat désabusé : après sept éditions, le Tour de France, « SON » Tour de France, s’était installé, sans le laisser paraître, dans un quiet ronronnement qui dénaturait l’esprit même de l’Epopée. Il souhaita donc que son épreuve prît de l’altitude et, sans doute, pactisa-t-il avec le diable à l’heure de donner corps à ses fantasmes car, rebondissant sur une idée démoniaque d’Alphonse Steinès, son âme damnée, il mit tout simplement les routiers professionnels au défi de hisser leur carcasse jusqu’aux sommets des Géants pyrénéens, en brisant au passage, par delà l’enchaînement Peyresourde-Aspin-Tourmalet-Soulor-Aubisque, le maléfice du Cercle de la Mort où, paraît-il, rodaient encore des ours ! Les rudes coursiers sur leur drôle de machine relevèrent le gant et stupéfièrent le monde par leur courage monstrueux. Ivres de fatigue, les stigmates de l’épuisement témoignant du martyre enduré, ils venaient de sceller les noces improbables du Tour de France et de la Montagne. Pour le meilleur et pour le pire !

C’était il y a 100 ans ! Un siècle d’amours tumultueuses et de haine-passion, célébré comme il se doit par tous ceux que la Grande Boucle fascine ! On se doutait bien qu’à l’approche de Juillet, nos maisons d’édition seraient à nouveau prises de convulsions. 

Comment ne pas saluer l’extraordinaire contribution de Jean-Paul Rey à la Légende, lui qui consacre à cette journée historique du 21 juillet 1910 un ouvrage édifiant, « L’étape assassine : Luchon-Bayonne 1910 » (édit. Cairn - 208 p.-18 ) ? Préfacé par Jean Bobet à l’enthousiasme communicatif, ce livre illustré de documents d’époque est la révélation d’un paradoxe : l’étape n’avait d’"assassine" que la terreur qu’elle inspirait et ne tua personne. En revanche, les 59 téméraires qui s’alignèrent à Luchon avant d’endurer un calvaire routier de 326 km ( !) rédigèrent de leur sueur et de leurs larmes l’acte de naissance d’une confrérie fabuleuse aux accents d’héroïsme. C’est à ces nouveaux Conquérants de l’Inutile que Jean-Paul Rey dédie son roman-vérité, une chanson de geste écrite à la gloire de surhommes, un hymne au courage et à la souffrance acceptée. On lira par ailleurs comment l’auteur, pareil au pèlerin de Compostelle, poussa ses dévotions jusqu’à accomplir en tenue et sur un vélo d’époque, sans changement de vitesse, les 326 km qui accélérèrent l’Histoire en ouvrant au Tour de France les portes de l’Immortalité...

Cyclotouriste assidu, amoureux fou de nos montagnes, Dominique Kérébel avait exorcisé sa fascination pour la Grande Boucle en rassemblant dans « Le Tour de France et les Pyrénées », première mouture, les exploits et les drames dont le Mythe s’est souvent repu. Désirant marquer leur présence dans le flot des parutions commémoratives, les éditions Cairn en publient, sur une préface de Jacques Chancel, une nouvelle version richement illustrée, revue et augmentée (252 p.-25 €) où la Légende accueille les héritiers de Lapize et Garrigou, de Magne et Vietto, de Fontan et Mastrotto… Si Contador ou les frères Schleck ont su s’en montrer dignes, on n’accordera en revanche aucune indulgence aux tristes Rasmussen, Ricco et autres Piepoli qui l’ont souillée de leur inconscience…

Le propos de Pierre Carrey dans : « Légendes du Tour de France – 100 ans de Pyrénées » (édit. Grimal – 254 p.-22 €) participe d’une authentique enquête journalistique. Passionné d’histoire et de cyclisme, l’auteur a épluché 2500 articles de presse, rencontré des acteurs de la Grande Boucle estivale, interviewé les descendants de champions ainsi que des témoins oculaires, de sorte que la Légende du Tour s’en trouve éclairée d’une lumière nouvelle. Année après année, Pierre Carrey, citant ses sources, raconte alors 90 histoires insolites enfin dévoilées, tantôt légères, drôles ou cocasses, tantôt pathétiques, émouvantes ou tragiques. Car, si la montagne pouvait, parfois, se laisser apprivoiser, elle savait aussi ramener les présomptueux à leur ridicule petitesse. Entrant dans une colère noire, elle lavait alors l’offense faite en ces lieux par ces pygmées à vélo venus sur les sommets tutoyer effrontément les dieux !

Les éditions L’Equipe ont pris le parti de centrer leur hommage sur le redoutable Tourmalet. Point culminant de la barrière pyrénéenne en sa partie française, ce qui lui confère une sorte de droit d’aînesse, ce col que précède une réputation terrifiante, est l’un des piliers du Mythe. Patrick Fillion et Jacques Hennaux ne s’y sont pas trompés, qui l’honorent par un album luxueux, « Tourmalet, sommet de tourments » (128 p. - 24 €), digne de ses devanciers lorsqu’il s’était agi de célébrer le Mont Ventoux ou l’Enfer du Nord. Richement illustrée des clichés exceptionnels issus des archives de L’Equipe, cette œuvre magistrale, sacrifiant le récit chronologique pour une présentation thématique, déroule 77 épisodes d’une aventure humaine exaltante. Même orageuse, l’idylle entre le Géant Tourmalet et les adorateurs de la Petite Reine restera à jamais indissociable de la Légende !

AUTOUR DU TOUR

Avec 44 Tours dans sa besace, Jean-Paul Brouchon a beaucoup vu, beaucoup entendu, beaucoup retenu. Alors, lorsque s’annonce Juillet, ce conteur à la verve intarissable présente son annuelle offrande à la Légende. On sait combien celle-ci se nourrit d’exploits retentissants, de folles échappées, de duels épiques. Les livres d’histoire les racontent à la goutte de sueur près. Mais le Mythe s’est parfois égaré sur des chemins de traverse. Incidents cocasses, coups de sang, secrets d’alcôve, faiblesses des hommes, Jean-Paul les décline dans un condensé d’anecdotes folkloriques ou simplement amusantes,

« Les petites histoires de la Grande Boucle » (180 p.- 17 €) que les éditions Jacob-Duvernet ont couplé avec un guide du Tour de France : « les secrets, les hommes, l’évolution », réédité et mis à jour (144 p.- 8 €).

LE BETISIER DU TOUR DE FRANCE

Frais, drôle, espiègle, « Le Bêtisier du Tour de France » (édit. du Rocher, 160 p.- 9,90 €) est né d’une idée originale de l’ami Serge Laget que l’incroyable fécondité de la littérature cycliste a toujours émerveillé. Qu’on ne se méprenne pas ! Le propos n’est pas de ridiculiser la grande famille du vélo… et des lettres, mais d’en inviter les membres à ne pas se prendre au sérieux. Fort du soutien d’un réseau de fidèles séduits par le projet, Serge est donc allé à la pêche aux perles, bourdes, bévues, dérapages et autres délires. Un florilège de bons mots empruntés à Chapatte ou Blondin, Chany ou Michéa, Laborde ou Malaparte… Des Géants eux aussi, à l’humour vagabond !

« Le Bêtisier du Tour de France » (édit. du Rocher, 160 p.- 9,90 €)

HOMMAGE A UN CHAMPION


Le 22 juillet 2007, Jean Stablinski s’est échappé une dernière fois. Définitivement ! Depuis de longues années, sans jamais se plaindre, il avait mené contre la maladie une lutte inégale au terme de laquelle une lourde défaite l’attendait. Son courage légendaire n’avait fait que retarder l’échéance, mais il lui permit de militer pour une noble cause, le don d’organes, sujet douloureux et sensible auquel adhérèrent sa famille et ses proches. Cathy, sa fille, liée à son champion de père par une promesse, a repris le flambeau et livre à la postérité une biographie émouvante : « Jean Stablinski, une vie extraordinaire » éditée par Alan Sutton (192 p.- 22 ). Elle y dresse le portrait d’un homme profondément attaché aux valeurs familiales, qui avait fait de la souffrance acceptée une compagne au quotidien au fond des galeries minières avant de réaliser que le sport cycliste pouvait bouleverser son destin.

A Pascal Sergent, l’ami de toujours, fut alors confiée la partie sportive de l’hommage. Elle rappelle les titres de gloire d’un champion dont Raphaël Geminiani disait : « Pour ceux qui se lancent dans la carrière, Anquetil n’est assurément pas un exemple. Mais Jean, lui, est certainement un modèle. » Dans les livres d’Histoire, Stablinski incarnera à jamais l’alliance parfaite de la « Tête et les Jambes", le  renard apprivoisant la victoire par la ruse quand la force du lion lui assignait ses limites. Ainsi se forgea-t-il une réputation de sorcier, parfait disciple du Prince de Machiavel. L’image n’est pas forcément reluisante, mais qu’importe ! Le palmarès, lui, est celui d’un authentique champion. Lorsqu’il l’aligna au départ des Tours de France 67 et 68, les derniers disputés selon la formule des équipes nationales, Marcel Bidot se réjouissait de compter au sein de la sélection tricolore « deux vainqueurs potentiels et un professeur de cyclisme ! » Rarement coureur reçut plus bel hommage !

TOUTE VERITE EST BONNE A DIRE

S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer ! Geminiani, c’est Raimu sauce auvergnate, Audiard version romagnole ! La gouaille, la truculence comme armes redoutables de séduction ! Branchez-le "vélo", tendez un micro et écoutez ! Une aubaine pour un auditoire en quête de révélations explosives ! Jean-Paul Vespini le sait bien, qui a consigné dans un ouvrage passionnant le fruit d’entretiens exclusifs où le Grand Fusil tire à vue : le dopage, les affaires, les fléaux qui rongent son sport, l’urgence à lui rendre toute sa crédibilité… Il évoque sa propre expérience, ses débuts difficiles dans une France à reconstruire, l’empreinte qu’il laissa dans le cours d’une époque considérée comme la plus riche de l’Histoire, l’amitié qui le lia à Coppi et Bobet, les champions exceptionnels qu’il dirigea et conduisit aux plus grands triomphes.

« Mes quatre vérités » (édit. Jacob-Duvernet, 264 p.-19,90 €) nous plongent au cœur de la Légende, miroir à deux faces derrière lequel dormaient quelques intimes secrets. Dans la bouche de "Gem", toute vérité est bonne à dire !

CES TRESORS QU'ON EXPOSE

Pascal Sergent, Charles Guénard, Jacques  Lannoy : trois passionnés, trois collectionneurs enragés, trois inlassables chasseurs d’images – photos, cartes postales, chromos… – dont le butin amoncelé depuis plusieurs décennies donne aujourd’hui le vertige ! Pour autant, leurs trésors se déprécieraient s’ils dormaient dans le secret d’un coffre au lieu de s’afficher aux yeux de tous. Conscients de leur mission de préservation d’un patrimoine, nos indécrottables chineurs ont donc pris la délicieuse habitude d’exhiber leurs collections au cœur d’ouvrages rassemblant pour une période ou un thème donnés le plus remarquable peloton qui se puisse rêver. Ainsi, sans l’avoir expressément assumé, nos gardiens du Temple lèguent-ils à nos mémoires des dictionnaires encyclopédiques qui ne disent pas leur nom.
Or, c’est bien comme tels que se feuillettent l’Album du Cyclisme, de Pascal Sergent, chez Alan Sutton, et Panorama Cycliste 50-60, les Années Miroir-Sprint, de Charles Guénard, aux éditions Le Pas d’Oiseau.

Le premier exploite un authentique filon, celui de la carte postale ! A-t-on jamais vu miroir plus fidèle des époques traversées, gardienne plus sûre du portrait des coureurs et de leurs palmarès, mémoire plus fiable d’une légende bâtie sur le courage et le dépassement de soi ?… Près de 200 coureurs ont ainsi forcé les portes du gotha imaginé par Pascal Sergent. Présentés par ordre d’apparition sur la scène du Mythe, ils exhibent en un texte sobre les faits d’armes qui les ont anoblis. Si l’on peut aisément stigmatiser quelques absences incongrues, il sera plus difficile de contester la présence des élus d’un Sergent qui connaît son cyclisme sur le bout des pédales !

Le second joue une partition identique, mais dans un autre registre, celui de la nostalgie. En concentrant ses choix sur deux décennies, les années 50/60, il réveille en effet le fantôme de Miroir-Sprint, cet hebdomadaire qui ne fut jamais remplacé et laissa orphelins, à sa mise en sommeil, des milliers d’inconditionnels. Les reportages cyclistes s’y taillaient la part du lion, et chacun se souvient qu’en complément à sa publication, la revue proposait à la vente des cartes postales de coureurs en action. C’est dans cette collection aujourd’hui très prisée que Guénard a sélectionné 184 noms, classés par ordre alphabétique. De Jean Adriaenssens à André Zimmermann, tout un pan de l’histoire du cyclisme défile au gré des pages où les photos des champions ramènent invariablement notre mémoire sur le terrain de leurs exploits.

S’il s’inscrit en marge, le troisième larron fait œuvre utile, lui aussi. Il a tenté de recenser dans "Cent Ans de cyclisme en cartes postales"  toutes les séries de chromos, vignettes ou photos de champions léguées par l’Histoire, de sorte qu’archivistes et collectionneurs disposent d’un inventaire quasi exhaustif qui guidera leur quête désormais ciblée d’images méconnues, témoins précieux de la Légende. La solidarité n’étant pas un vain mot, bon nombre de passionnés apportèrent leur écot à l’initiative de Jacques Lannoy et le confortèrent dans la  nécessité de publier, à compte d’auteur, ce complément à un premier tome édité en 2008.

L’ALBUM DU CYCLISME, par Pascal SERGENT, chez ALAN SUTTON, 192 p. -  22 €

PANORAMA CYCLISTE, LES ANNÉES MIROIR-SPRINT, par Charles GUÉNARD, éditions LE PAS D’OISEAU, 144 p. – 23 €.

CENT ANS DE CYCLISME EN CARTES POSTALES, tome II, par Jacques LANNOY, 114 p. - 15 (+ 4 € de port). Commandes chez l’auteur, 7 Hameau Briard, 77820 LE CHATELET EN BRIE. (Quelques exemplaires du premier fascicule restent disponibles aux mêmes conditions.)

DANS LES ANNALES

Plonger jusqu’aux sources de l’Histoire pour comprendre un phénomène, sa naissance, son développement, estun délice sans nom que les chercheurs savourent avec délectation. Ainsi du mémoire de Jean-Louis Balleret : « Les débuts du Cyclisme dans la Nièvre, 1865-1900 » qui constitue le thème unique du n°139 des « Annales des Pays Nivernais », un périodique à vocation historique et régionaliste. L’auteur passe au crible la presse locale et les précieuses archives départementales. Il y traque les indices marquant l’apparition des premiers vélocipèdes à Nevers, leur vulgarisation après les inévitables attaques en règle, l’avènement de la Reine Bicyclette, la mise en place des structures au sein desquelles un véritable phénomène de société va naître, grandir et conquérir les foules. Les vélodromes fleurissent, le cyclisme quitte peu à peu sa livrée guerrière et s’affiche en des joutes plus pacifiques qui engendreront des héros d’essence divine. Plus rien n’arrêtera le rayonnement de la Légende des Cycles. (La plaquette de 32 pages, sur papier glacé, est disponible à LA CAMOSINE, Résidence "La Pagerie", Rue du Colonel Jeanpierre, 58000 NEVERS. - 36 € pour 4 n°).

NB : La surabondance des publications nous contraint à différer la présentation de productions que certains membres de notre association nous avaient fait l’amitié de nous adresser. Merci notamment à Alfred North, Etienne Harel et Philippe Transon pour leur compréhension.

 

 

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