Vos récits sur Vélo Lorraine
Mis à jour le 21-Déc-2011 10:37
 
     
LES RECITS DE NOS INTERNAUTES
 
LE TOUR DU CAMEROUN 2009 - UCI AFRICAIN PAR JEAN MARC BOUCHER
MARDI 17 FEVRIER 2009
1ère étape / Moutourwa-Kaéle / Maroua: 148.5 km

Parcours légèrement vallonné dans le nord du pays. Région semi-désertique aux frontières du Tchad. Départ à 9hoo sous un soleil de plomb (37°). Une première échappée composée de 6 hommes, dont le lorrain Johan BOUCHER, va durer près d'une trentaine de kilomètres. Une course très nerveuse. Attaques et contres se succèdent sans succès. A 70km de l'arrivée, 2 hommes prennent le large. L'ensemble du peloton stoppe toute poursuite. Les 2 hommes vont jusqu'à prendre 6 minutes d'avance. A 30km de l’arrivée, le peloton est à nouveau secoué et se morcelle. Les équipes européennes tentent en vain de revenir. Pour le sprint du peloton, l’ex sociétaire et sprinteur du Crédit Agricole, triple vainqueur sur le Tour de France, Jaan KIRSIPUU est battu par l'ivoirien Bassirou KONTE, quintuple vainqueur au Tour du Togo.
Les conditions climatiques extrêmes ainsi que la longueur des transferts (300km par jour) ont déjà décimé les équipes européennes mais aussi les chutes et accidents de la circulation. Ainsi, lundi Jaan KIRSPUU s'est fait renversé sans gravité, par un matelas qui était sur le porte bagage........ d'une mobylette.

Sawadogo vainqueur à Maroua
(photo Philippe Zickgraf)
 

 

Le classement:
1: Gueswende SAWADOGO (Burkina Fasso)
2 : Joseph SANDA mt (SNH – Cameroun)
3 : Bassirou KONTE à 1' 20" (Côte d’Ivoire)
4 : Jaan KIRSIPUU (Geofco Team)
37 : Johan BOUCHER(Geofco Team)

Ci-contre, le podium à Maroua (photo Philippe Zickgraf)

MERCREDI 18 FEVRIER 2009
2ème étape / Critérium à Garoua :109 km

21h00 au soir, arrivé à l’hôtel après un transfert de 4 heures à travers le Cameroun du Nord sur des routes et des pistes, dans des bus antiques, sous une chaleur saharienne.
Les Camerounais ont remis (partiellement) les pendules à l’heure ce 18 février. Battus lors de la 1ère étape du Tour cycliste du Cameroun par le Burkinabé Houdo SAWADOGO , ils se sont imposés lors de la seconde journée devant une foule toujours aussi dense, mais sous une chaleur moins écrasante avec le camerounais Martinien TEGA (vainqueur du Tour du Cameroun 2004 et en 2009 d’une étape du Tour du Faso ) Les six tours de circuit d’une distance totale de 109 km ont été très animés et parsemés d’attaques. Dès le premier tour, trois hommes s’échappent : les Camerounais Calvin TAMAZOU et Damien TEKOU et le Burkinabé Rasmane OUADRAOGO.A la mi-course, Les européens prennent la chasse. Les 3 africains sont rejoints durant le quatrième tour. Comme la veille, la course devient nerveuse. Les attaques désordonnées se multiplient. Lorsqu’un européen accompagne une échappée,
celle-ci s’arrête. Lorsque qu’ils ne sont pas représentés c’est le peloton qui s’arrête.

C’est un peloton hystérique qui se présente à l’arrivée. Une chute générale permet à Martinien TEGA de devancer l’Ivoirien Bolodigui OUATTARA . Le peloton franchit, lui, la ligne 16 secondes plus tard.
Quant au maillot jaune, il reste sur les épaules de Gueswende SAWADOGO. Le Burkinabé peut remercier le règlement. Tombé à 500 mètres de l’arrivée, il conserve néanmoins sa tunique

Interview de Johan BOUCHER: « J’avais les cannes. J’ai fait toute la course aux côtés de Jaan KIRSIPUU . Au 3éme tour , j’ai roulé avec l’équipe Snh pour rentrer sur l’échappée. On est rentré. J’ai protégé Jaan jusqu’à 5 km de l’arrivée. L’équipe REVOR était chargée de faire le final, mais ils ont laissé partir 3 gars et comme personne n’arrivait à rentrer, je me suis à fond du km3 au km2 . On est rentré à 50m ,quand je me suis écarté tout le monde c’est relevé. KIRSIPUU m’a alors demandé de relancer. J’ai remis ça jusqu’aux 750m puis …le petit plateau. A 500m j’ai vu le peloton volé. Jaan gêné ne fait que 7ème. Tout le monde et Jaan m’ont félicité et remercié pour le boulot que j’avais fait. Il faut dire que j’ai roulé fort »
Puis transfert vers le centre du pays, dans une région plus tempérée de savane arbustive mais aussi beaucoup plus vallonnée. Arrivée à l’hôtel : 22h00

Le classement:
1: Martien TEGA (Burkina Fasso)
2 : Bolodigui OUATTARA (Côte d’Ivoire)
7: Jaan KIRSIPUU (Geofco Team)
45 : Johan BOUCHER(Geofco Team)

JEUDI 19 FEVRIER 2009
3ème étape / N’Gaounyanga – N’Gaoundéré: 78,5 km

Le Camerounais Damien Tékou s’est imposé au sprint durant la 3e étape du Tour du Cameroun 2009, la première avec ascension. Son compatriote Sadrack Teguimaha s’empare du maillot jaune. Premier passage en altitude sur ce Tour du Cameroun 2009. La 3e étape s’est courue sur 78,5 kilomètres entre Ngaounyanga et Ngaoundéré, dont 17 kilomètres de montée dans le massif de l’Adamaoua.. Tékou et ses compatriotes Martinien Tega – vainqueur la veille – et Sadrack Teguimaha attaquent la « falaise » pied au plancher, en compagnie de coureurs slovaques et de la Nordland-Hamburg. Les six coureurs comptent jusqu’à une minute d’avance au sommet du col sur le groupe maillot jaune. L’avance grimpe jusqu’à 1’45 secondes à 35 kilomètres de l’arrivée. L’arrivée est ponctuée par un sprint endiablé dominé par Damien Teko Quelques secondes plus tard, nouveau coup de théâtre : le maillot jaune Houdo Sawadogo chute comme la veille, juste avant de franchir la ligne.
photo Philippe Zickgraf

Une fois de plus, le règlement lui octroie le même temps que le peloton. Insuffisant toutefois au classement général pour conserver sa tunique. Le Burkinabé se retrouve 3e tandis que Sadrack Teguimaha devient le nouveau leader de ce Tour du Cameroun. Le podium de la troisième étape a permis à l’anglais David Clark de l’écurie de Nordland Hamburg d’enlever le maillot blanc à pois rouge, qui est décerné au meilleur grimpeur de la montagne Harring Martin de Middle Slaovakia s’est contenté du maillot blanc. Demain, les  coureurs s’élanceront pour une longue étape de 159 km entre Pouma et Kribi, au sud-ouest du pays.

Article publié le 19/02/2009 par David Kalfa (RFI)

Interview de Johan BOUCHER: « . Hier soir nous avons fait 6 heures de bus puis nous avons galère pour trouver l’hôtel. Coucher 23h Lever 5h. Les jambes n’allaient pas du tout. Au petit-déjeuner, notre directeur sportif m’a dit « Johan, tu montes à fond. Tu ne te poses pas de questions. Serre les dents. Viens prendre des bidons quand ça ne va pas » Moi, je pensais partir en éclaireur pour anticiper la bosse et finir en groupetto. Les 40 premiers kilomètres étaient plats. J’avais du mal à tenir les roues, les boyaux dérangés. Je suis descendu à la voiture du médecin qui m’a donné 2 Immodium.  Puis on est arrivé dans la bosse d’arrivée, longue de 17km.Tout a explosé. J’ai reculé jusqu’à la 60ème place. A-rrê-té. Après un kilomètre je me suis dit que tant qu’à faire je n’avais plus qu’à monter à mon train. 39x23 et en avant.  Je suis remonté coureur après coureur, à mon rythme. J’ai retrouvé KIRSIPUU qui m’a dit de continuer et de le laisser. C’était une bosse comme un col de Vosges  Il faisait  moins chaud (35°) au milieu des arbres. On montait à 1200m d’altitude. Il y avait un peu d’air. A 10km du sommet, j’ai aperçu la voiture du commissaire UCI   qui était derrière un groupe d’une quinzaine de coureur. Je suis alors rentré dans le groupe du maillot jaune, du maillot blanc, un français du Team Allier et du meilleur jeune.. 6 coureurs s’étaient échappés. Le maillot jaune était accompagné de 3 équipiers. Pas question de tenter quoique ce soit.  Je me suis mis devant toujours à mon tempo. J’ai emmené le groupe jusqu’au panneau 2km. Pas moyen de trouver de repères pour le sprint d’arrivée. Le maillot jaune lance le sprint. Je ne trouve aucun repère pour l’arrivée. Je saute dans la roue du burkinabé. Dans le dernier virage il va se mettre dans les barrières. Je prends la 3ème place du peloton, battu par le meilleur jeune et l’Ivoirien KONTE de chez Vendée U qui avait aligné Jaan à la 1ère étape. Au final,  je termine  9ème de l’étape un peu plus d’une minute du vainqueur. Je n’en reviens pas. Trop content.

Cet après midi, transfert par avion militaire vers la capitale Yaoundé !!!! »


VENDREDI 20 FEVRIER 2009
4ème étape / Pouma – Kribi: 159.5 km
Avec ses 159 kilomètres, cette 4e étape du Tour du Cameroun s’annonçait particulièrement pénible. Elle a surtout été l’occasion d’un combat tactique entre coureurs européens et africains. Combat qui a souri aux premiers, en particulier au Slovaque Milan Barenyi, vainqueur à Kribi.
Du départ à Pouma, à l’arrivée en bord de mer, aucun coureur n’a vraiment dominé les débats. Le Gabonais Ghislain Ndong tente une échappée qui dure 10 kilomètres. Puis plus rien durant une centaine de kilomètres. Les coureurs camerounais contrôlent le tempo de la course. Quelques vaines attaques se produisent jusqu’à la tentative, plus sérieuse, de Rasmane Ouedraogo. Mais le Burkinabé est finalement repris à deux kilomètres de l’arrivée, victime d’une crevaison. Et c’est finalement Milan Barenyi qui finit premier au sprint. La veille, le Slovaque avait terminé deuxième à Ngaoundéré. Cette fois, il a été plus rapide que l'Estonien Yann Kirsipuu et l’Allemand Serge Hertz. Le classement général reste, en revanche, dominé par les Africains. Le Camerounais Sadrack Teguimaha est toujours maillot jaune et devance son compatriote Damien Tékou de 10 secondes, ainsi que le Burkinabé Houdo Sawadogo de 18 secondes. Demain, 21 février, repos pour tout le monde.
Barenyi vainqueur à Kribi (photo Philippe Zickgraf)

Article publié le 20/02/2009 par David Kalfa (RFI)


Interview de Johan BOUCHER: Départ prévu à 10h00 mais retardé jusqu’à 13h00. C’est l’Afrique !!!!
On est maintenant dans un climat équatorial, chaud et très humide. Après le désert, la savane, c’est la forêt vierge . L’organisation s’est modernisée. Le bus de ce matin était un bus classique de 55 places avec tout le confort. Ce n’est plus l’armée qui nous encadre mais la gendarmerie avec motards comme en Europe.
Le parcours était plus sinueux et plein de petits pif-paf. Les équipes africaines avaient décidé de verrouiller la course. Nous cela nous arrangeait aussi. Malgré quelques attaques, on s’est promené. J’ai pris vers la mi-course, un gros coup de chaleur. Il faisait très chaud. On ne roulait pas. Il n’y avait pas d’air. Je me suis réhydraté et ça a passé.
A 30 bornes de l’arrivée, les Slovaques et les Allemands ont alors décidé de tout faire péter. On a roulé comme des tarés. Les 5 derniers kilomètres à 60 km/h ça frottait grave. Je sautais par-dessus les trous. Je roulais dans le sable. Je me frayais un passage les 2 mains accrochées à mes adversaires. J’ai évité 20 fois les chutes. Les africains jouent leur vie pour une place.
Tout a explosé dans le dernier kilomètre. Quand a 750m, il m’a fallu lancer Kirsipuu. Je me suis fait enfermer. Jaan ne fait que 2ème et moi je fais 7ème de l’étape. On est un peu déçu d’avoir raté la victoire d’étape.
A 18h00 on était à l’hôtel au bord de la plage. Pas de douche mais un plongeon dans l’eau chaude de l’Océan Atlantique. Ici c’est le PA.RA.DIS.
Demain journée de repos : plage, bananes et cocotiers……

SAMEDI 21 FEVRIER 2009
Journée de repos


Interview de Johan BOUCHER:
"Enfin une journée sans transfert.
Le matin :  farniente puis 2 heures de vélo . Les jambes sont lourdes.
Après le déjeuner une longue sieste au bord de la plage, sous les cocotiers . Collation à 16h00. et un peu de tourisme.
Après le souper, entretiens avec la presse. J’ai été invité dans une émission radio à répondre pendant plus d’une heure sur le cyclisme et sur de multiples sujets d’actualité. C’était génial.
Retour à l’hôtel vers 22h30".

DIMANCHE 22 FEVRIER 2009
5ème étape / Kribi - Douala: 176 km
Le Français Johan Boucher a remporté la plus longue étape du Tour, 176 km entre Kribi et Douala, en résistant sur le fil à son coéquipier Jaan Kirsipuu, nouveau maillot vert. Un trio d'échappés a failli faire basculer la course mais Sadrack Teguimaha reste en jaune.
Le 7e Tour du Cameroun a bien failli vivre un tournant lors de cette 5e étape entre Kribi et Douala, la plus longue de l’épreuve avec 176 km à parcourir sous des températures rendues heureusement plus clémentes grâce à la pluie qui avait précédé la caravane.
Flanqué de deux compagnons d’échappée - le Burkinabé Jérémy Ouedraogo et le Camerounais Flaubert Douanla - l’Ivoirien Bassirou Konté fut en effet un moment virtuel maillot jaune. Parti au bout d’une heure de course, le trio compta jusqu’à 2 min 20 sec d’avance sur le peloton au plus fort de sa domination dans une fuite au long cours qui dura 117 km et au cours de laquelle chacun fit sa part de travail.
Emmené par les Camerounais décidés à ne pas laisser leur leader Sadrack Teguimaha se laisser dépouiller de sa tunique jaune, le peloton refit néanmoins peu à peu son retard au fur et à mesure que les échappés donnaient des signes de fatigue.
A bout de force, les trois fuyards se relevaient à l’approche de Douala. Ils étaient rejoints à 13 km de l’arrivée et, comble de malchance, Konté était victime d’une crevaison qui allait, au final, lui coûter un débours de plus d’1 minute au général. Parti en 8e position lorsque le sprint était lancé à 600 m de l’arrivée, le Messin Johan Boucher résistait à son coéquipier de l’équipe Geofco Jaan Kirispuu pour s’adjuger la victoire. Deuxième, l’Estonien y gagnait quand même le maillot vert du classement par points alors que Teguimaha conservait donc le jaune.
Interview de Johan BOUCHER:
"Fini le paradis . Retour vers la forêt. Direction Douala ,la deuxième ville du Cameroun.
C’est l’étape la plus longue de ce tour. Après une étape de repos je ne sais pas comment je vais réagir.
Les 30 premiers kilomètres c’est la poisse. Rayon roue avant cassé. Retour dans les voitures. 10 km après c’est la roue arrière qui flanche. Arrêt, changement, et retour à fond. Problème.  La marque de la roue libre de la nouvelle roue n’est pas compatible avec mon dérailleur. Il m’est impossible de mettre autre chose que le 53x11 pour me mettre debout.
Devant, il y a 3 hommes échappés qui ne prennent que 2’30" . Comme l’avant-veille ce sont les slovaques qui, à 10 km, embrayent. Les 3 échappés sont rejoint à 3 km . Là c’est à nouveau le chantier.
Pour éviter la chute mon coéquipier Jeff se met à plat ventre. A 600m, le sprint est lancé. Je suis en 8ème position et Jaan en 2ème. L’arrivée est en faux plat montant.
A 400m le sprint se ralentit, les leaders temporisent. Avec mon 53x11, j’arrive lancé.
Je passe en pistard le coureur de l’équipe nationale et me relance …….Un coup d’œil sous les coudes : Rien. Là devant moi la ligne d’arrivée.     J’ai GA.GNE .
Après c’est le délire. Presse écrite, interview radio, télévision. Le podium avec mon pote Jaan . Fleurs , cadeaux, et un trophée qui ne va pas rentré dans ma valise.


Un rêve et une pensée à vous tous en Lorraine."
LUNDI 23 FEVRIER 2009
6ème étape / M'Banga - Bafang : 125 km

Un Anglais en jaune

La 6e étape entre Mbanga et Bafang a redistribué les cartes. L'Anglais David Clarke et le Slovaque Martin Haring ont joué de leurs talents de grimpeurs pour s'échapper en fin de parcours. Le Britannique est désormais en jaune par le jeu des bonifications. Sadrack Teguimaha est 3e à 2'04''.
La première des trois étapes de montagne, 125 km entre Mbanga et Bafang, a complètement changé la donne lundi. Elle ne s’est pourtant décidée qu’à 7 km de l’arrivée lorsque l’Anglais de l’équipe Nordland Hambourg David Clarke et le Slovaque Martin Haring ont profité de la dernière montée pour conjuguer leurs efforts fausser compagnie aux Camerounais. Déjà porteur du maillot du meilleur grimpeur, le Britannique s’est imposé avec 4 sec. d’avance sur Haring, lui-même porteur du maillot blanc récompensant le meilleur jeune.
Ce n’est d’ailleurs que par le jeu des bonifications que Clarke - qui avait remporté une étape du Tour de Guadeloupe en 2005 et terminé 8e au général du dernier Grand Prix Chantal Biya - a conquis sa tunique de leader de la course. Il ne dispose que d’une avance minime, 4 secondes, sur Haring au général. Derrière, les dégâts ont été conséquents. Dépossédé de son maillot jaune, le Camerounais Sadrack Teguimaha a fait une erreur tactique dans la montée sur Bafang et a terminé à 2’23’’ en compagnie de Damien Tékou, Martinien Tega finissant encore plus loin, à 2’35’’ du vainqueur.
.
L’étape de mardi étant annoncée comme la plus difficile dans les montagnes du Haut Nkam, d’autres bouleversements sont peut-être à prévoir.

Christophe Carmarans et Philippe Zickgraf (RFI Afrique)

Interview de Johan BOUCHER:
"Après la fête du dimanche, c’est la gueule de bois du lundi.
Dès le départ, je ne me sentais pas bien. Jaan  était devant à accompagner tous les coups  et à anticiper cette étape de montagne qui promettait d’être très difficile.
A la mi-course, j’étais à bloc avec  l’ivoirien KONTE de chez Vendée U. Jaan et Jefferson étaient devant à 1’30’’. Ce n’était pas bon signe.
Il était prévu que notre voiture protégeait le groupe à l’avant et la voiture du Team Allier les groupes à l’arrière.  Crevaison de la roue arrière. J’attends au bord de la route, ma roue levée vers le ciel pour un dépannage. J’ai vu passer toutes les voitures sans qu’aucune  ne s’arrête. Un commissaire de course s’est mis au travers de la route, au péril de sa vie, pour me porter assistance. Sans succès. J’ai attendu le moral dans les socquettes, plus de 20 mn, la voiture de l’équipe française pour repartir.
Mais le plus dur était à venir. Dans le dernier col, je ne sais pas si j’ai pris un coup de chaleur ou d’hypoglycémie.  Les 30 dernières bornes : un calvaire, une crucifixion. J’ai pensé mille fois à abandonner.
Je termine à plus de 30 minutes, détruit."

MARDI 24 FEVRIER 2009
7ème étape / Bafang - Bamenda: 138,5 km

Skopek s'impose, Clarke reste en jaune

Le Slovaque Martin Skopek a remporté la deuxième étape de montagne entre Bafang et Bamenda en devançant sur la fin un Martinien Tega malchanceux et l'Allemand Carstel Keunecke. Arrivé avec 1'30'' de retard, l'Anglais David Clarke reste leader.

C’est encore une étape très animée qui s’est déroulée sur les routes camerounaises mardi, la deuxième des trois étapes de montagne que compte cette 7e édition du Tour du Cameroun, 138 km entre Bafang et Bamenda. Survoltés après la perte du maillot jaune lundi au profit de l’Anglais David Clarke, les Camerounais ont été les grands animateurs de la course. Sous l’impulsion de Martinien Tega et de Joseph Sanda, ils ont conduit une très longue échappée sur 110 km et ils ont bien cru un moment parvenir à leurs fins.

Au plus fort de sa domination, le groupe des  fuyards a en effet compté plus de cinq minutes d’avance sur le reste du peloton, Joseph Sanda étant alors maillot jaune virtuel. Le vainqueur de l’épreuve 2008 a cependant craqué sur la fin, le col de Bathié et ses 2100 m d’altitude restant un redoutable juge de paix, y compris pour les coureurs les plus expérimentés.

C’est finalement le Slovaque Martin Skopek qui s’est adjugé la victoire aux dépens d’un Martinien Tega qui a joué de malchance. Bien placé dans l’emballage final, le Camerounais a été victime d’un nid de poule à 300 m de l’arrivée ce qui l’a déséquilibré au pire des moments et lui a peut-être coûté une deuxième victoire d’étape. L’Allemand Carstel Keunecke a pris la 3e place, les trois hommes arrivant avec 1’30’’ d’avance sur le maillot jaune.

Texte et photo de Christophe Carmarans et Philippe Zickgraf (RFI)

Interview de Johan BOUCHER: "J’ai retrouvé mes sensations du début du Tour. Aux dires de tout le monde cette étape est la plus dure de cette édition 2009.: que de la bosse avec pourcentage ! Il fait très lourd et orageux (35°).
Dès le départ, 7km à 10% de moyenne. Très vite, tout explose. La principale échappée est partie. A la mi-course le peloton, on est plus qu’une vingtaine, à 5 minutes. Les Camerounais aidés par les autres équipes africaines ont décidé de reprendre le maillot jaune sur les épaules de l’anglais…… Mes équipiers sont déjà relégués dans un second groupe. 
Puis à Boufassam, c’est l’enfer. La route en bitume a disparu pour un sentier de terre battue, de pierres, d’ornières et de nids de poules. On y n'y voit plus rien. On est aveuglé par une poussière rouge soulevée par les voitures. C’est Paris-Roubaix.
Je crève de l’avant et perds le peloton. On me dépanne, je repars et reviens à 100m du peloton et ….je crève de l’arrière. Le scénario de la précédente étape recommence. Comme la veille, je suis au bord de la route, ma roue à la main. Cinq minutes interminables à attendre une voiture. Les très nombreux spectateurs se précipitent pour me……faire signer des autographes.  Je dépanne, fais 500m , un choc, mes lunettes volent,  ma roue libre explose. Je re-dépanne puis ce fut une chasse poursuite longue de 30km avec mes coéquipiers pour rejoindre le peloton
A peine rentré, ça flingue dans tous les sens. Je prends un coup au moral. J’en ai ras le bol de cette journée. Plus vite on sera rentré tôt, mieux ce sera. J’ai pris le commandement du peloton, et j’ai roulé ,roulé ,roulé dans le dernier col de 24km à 2100m d’altitude. Puis j’ai fait une descente de malade en 53x11 à plus de 90km/h.  . J’arrive seul à Bamenda pour la 21ème place mais à plus d’un quart d’heure. Le groupetto est arrivé à plus d’1h30. 
J’ai fait le deuil du classement général. Demain sera encore une journée de dingues. On monte les 15 bornes d’arrivée de ce midi.  15 bornes avec des murs à 15% puis bosse, descente, col, descente , col, descente etc…. J’en suis à regretter la montée de Pierrevillers "

MERCREDI 25 FEVRIER 2009
8ème étape / Bamenda-Bafoussam: 79 km
A moins d'un retournement de situation, David Clarke sera le vainqueur du Tour 2009. Mercredi, Damien Tekou a remporté la troisième et dernière étape de montagne, chez lui, à Baffousam mais l'Anglais a assuré le coup en terminant juste derrière. Jeudi, les coureurs sont au repos. Cette 7 édition du Tour du Cameroun aura laissé la part belle aux échappées au long cours et la 8e étape n’a pas dérogé à la règle. C’est en effet dès les premiers hectomètres que l’écart s’est creusé, mercredi, entre les meilleurs et le peloton. En réalité, ce scénario était prévisible car la plus grosse difficulté de cette étape longue de seulement 79 km entre Bamenda et Bafoussam se dressait dès l’entame du parcours sous la forme d’une côte de 15 km très sélective.
Teguimaha lâche prise: Les spécialistes de la grimpe profitaient de l’élévation pour fausser compagnie au gros de la troupe, un groupe de six qui allait vite ne devenir qu’un groupe de cinq
car le valeureux Sadrack Teguimaha devait rapidement lâcher prise et mettre en berne ses espoirs de reconquérir son maillot jaune abandonné lundi entre Mbenga et Bafang.
Le Camerounais Martinien Tega
aux avant-postes dans
l'ascencion du col de Batié.
Au sommet du col de Santa, le leader David Clarke passait en tête, signe qu’il serait difficile de le déposséder de sa précieuse tunique. Les cinq hommes allaient rester groupés pratiquement jusqu’à l’arrivée à Baffousam où DamienTekou, le régional de l’étape, signait sa deuxième victoire du Tour après celle de la 3e étape entre Ngaounyanga et Ngaoundéré.

Il devançait d’une poignée de secondes le Slovaque Milan Barenyi, suivi de Clarke, flanqué de son coéquipier de l’équipe Nordland Hambourg, l’Allemand Karsten Keunecke lui-même suivi de l’autre Slovaque du groupe des échappés, Martin Haring. Au général, David Clarke compte désormais 2’35’’ d’avance sur Barenyi et 6’44’’ sur Damien Tekou, des écarts suffisamment nets pour que l'Anglais envisage avec sérénité la victoire finale samedi à Yaoundé.
Texte et photo de Christophe Carmarans et Philippe Zickgraf (RFI)

Interview de Johan BOUCHER: "Pour ce qui est de la poisse, les jours se suivent et se ressemblent. La veille j’avais retrouvé les jambes. Dans ce tour j’ai découvert 2 choses. Je passe très bien les cols et j’encaisse très bien  l’altitude. Je suis parti ce matin avec la ferme intention de faire un truc.
Dès le pieds du col de Santa ( 15km) au bout de 10 km, on est plus que 9 dont le maillot jaune. Tout va bien. Et paff !! Crevaison à l’arrière. Roue tendue vers le ciel, et là, au bord de la route, j’ai pleuré quand j’ai vu passé le « gros du peloton » sans ma voiture occupée à protéger mon leader.  Je suis dépanné par le 2ème groupe. On passe le col avec plus d’un quart d’heure sur les échappées. C’est foutu. A 20 km de l’arrivée, dans le dernier col, je suis parti avec un burkinabé pour repasser le « Paris Roubaix Camerounais » tranquille et sans crevaison. Avec beaucoup de regrets, je fini 21ème à plus de 20 minutes. C’est la course. ……
Demain repos à 1500m d’altitude , puis les 2 dernières étapes où il me faudra faire gagner mon leader Jaan KIRSIPUU. "

VENDREDI 27 FEVRIER 2009
9ème étape / Bagangté-Bafia: 121,5 km
Kirsipuu toujours vert:
L'Estonien Jaan Kirispuu, 39 ans, s'est adjugé au sprint la 9e étape à Bafia devant Joseph Sanda au terme d'une longue échappée. Pas de changement au calssement général, l'Anglais David Clarke conserve la même avance sur Barenyi et Tekou.
Après la journée de repos de jeudi, le peloton a repris la route vendredi sur un parcours très vallonné long de 121 km entre Bagangté et Bafia.
Très vite, deux hommes se sont échappés, les Camerounais Joseph Sanda, vainqueur de l’épreuve en 2008 et Calvin Tamazou. Ils allaient être rejoints dans leur fuite par l’Estonien Jaan Kirsipuu et l'Ivoirien Bolodigui Ouattara. Dès lors, les efforts conjugués du quatuor faisaient des dégâts: 3 min. 14 sec. d’avance sur le peloton à 50 km de l’arrivée.
Un peu lent à réagir, le gros de la troupe se décidait alors à rouler mais trop tard puisque les échappés franchissaient la ligne avec 20‘’ d’avance sur la meute.
Le camerounais Joseph Sanda
ici en tête, a été l'un des
principaux animateurs
de la journée.
(Photo : / RFI)
La victoire d’étape allait à Kirsipuu, l’ancien professionnel réglant au sprint se compagnons de route, Joseph Sanda terminant 2e devant Ouattara et Tamazu. Vainqueur de quatre étapes sur le Tour de France entre 1999 et 2004, Kirsipuu a pris sa retraite chez les pros en octobre 2006 mais il a prouvé qu’à 39 ans, il en avait encore sous la pédale.

Au classement général, cette 9e étape n’a rien bouleversé. Sauf improbable retournement de situation, l’Anglais David Clarke arrivera en jaune samedi à Yaoundé au terme de la 10e et dernière étape de cette édition 2009. Son avance de 2 min. 37 sec. sur le Slovaque Martin Barenyi et de 6 min. 46 sec. sur le Camerounais Damien Tekou semble suffisante pour lui permettre de contrôler une dernière fois la course aidé par ses coéquipiers de la formation Nordland Hamburg. par  Christophe Carmarans (avec Philippe Zickgraf)

Interview de Johan BOUCHER: "Dès les premiers kilomètres, j’avais les jambes. La consigne était simple : on accompagne tous les coups de plus de 4 coureurs. A tour de rôle, Jaan, Jeff et moi  accompagnons les groupes.
Au 40éme kilomètre, on s’est retrouvé à une dizaine en contre, mais il n’y avait pas de cohésion. Jaan en a mis une, accompagné d’un ivoirien. Moi, j’ai mis le chantier. Ils étaient à 4 devant. Jaan était le plus rapide, c’était bon.
Lorsqu’ils étaient à 3’30’, les Allemands et  les Slovaques  ont  collaboré ensemble. L’écart est alors très rapidement tombé entre 1’ et 1’30’’.
Les 30 derniers kilomètres ces 2 équipes ont alors joué au chat et à la souris avec l’échappée. L’écart jouait au yo-yo.  A 3 kilomètres les slovaques ont décidé que le jeu devait  finir. Mais à 500m de l’arrivée, une chute a complètement désorganisé la chasse . C’était bon pour Kirsipuu. Moi, je me prends la tête avec un allemand . On passe la ligne par de puissants « tirage de maillots »
Je fais 10ème . Le contrat pour l’équipe est rempli : 2 victoires et 4 podiums. Jaan, l’équipe et l’organisateur du Tour sommes tous comblés.
Ce soir c’est la fête".

SAMEDI 29 FEVRIER 2009
10ème et dernière étape / Bafia-Yaoundé: 132,4 km
Clarke et Sanda triomphent à Yaoundé
Le Camerounais Sadrack Teguimaha endosse le maillot rouge RFI de la combativité.
L'Anglais David Clarke est arrivé à Yaoundé en vainqueur, sa première victoire dans un Tour. La dernière étape a été animée par un groupe de cinq échappés dont s'est extirpé Joseph Sanda pour s'imposer devant son public, la quatrième victoire d'étape d'un Camerounais. Pas de surprise à Yaoundé. Comme prévu, l’Anglais d’origine jamaïquaine David Clarke a bouclé cette 7e édition en vainqueur. Comme c’est la coutume dans l’ultime étape d’un Tour, le porteur du maillot jaune a joué la sécurité en restant bien aux côtés du deuxième au classement général, le Slovaque Milan Barenyi, lequel n’a d’ailleurs pas tenté de l’attaquer car ses 2 min. 47 sec de retard sur le leader constituaient un retard trop important à combler.

Ce statu quo en tête a profité à un groupe de cinq échappés qui a faussé compagnie au peloton à 60 km de l’arrivée, un quintette formé par le Burkinabé Seydou Tall, le Slovaque Martin Skopek, le Français Johann Boucher et les Camerounais Calvin Tamazu et Joseph Sanda.


Bien décidé à marquer d’une façon ou d’une autre ce Tour 2009 de son empreinte, Sanda – le vainqueur de l’an dernier – n’a laissé à personne d’autre le soin d’entrer en vainqueur sur le boulevard du 20 mai sous les acclamations de la foule.
Contrairement à 2008, la victoire finale échappe donc au Cameroun mais les coureurs locaux se seront quand même distingués en remportant quatre étapes sur dix en comptant celle de Sanda, les deux de Damien Tekou et celle de Martinien Tega.

Par  Christophe Carmarans (avec Philippe Zickgraf)

(Photo: RFI / Philippe Zickgraf)

 

Interview de Johan BOUCHER: "La veille on avait reconnu le parcours. Jaan fatigué avait décidé de finir ce Tour tranquille dans le peloton. Super Mario, mon Directeur Sportif m’a donné carte blanche et  me faire plaisir.
Le parcours, un toboggan casse pattes, usant, une ligne droite de 132km, vent de face..
Les 2 équipes nationales du Cameroun ont tenté le tout pour le tout. Ca flinguait tout le temps, vagues et bordures, tout était bon.
Au kilomètre 70, on sentait le peloton proche de la rupture. 4 hommes sont partis, Jaan qui a le nez, me dit : « vas-y , c’est la bonne » Je mets une grosse cacaouette  pour rentrer 3 bornes plus loin sur les 3 africains et le slovaque.  Avec le burkinabé on a assuré le plus gros du travail, les autres étaient soi-disant secs.  A 13 km sur un GPM les « soi-disant secs » ont retrouvé leurs jambes. Ca a flingué de partout.  On a été tous les deux décrochés.  On est rentré dans Yaoundé, dans la circulation. Le Slovaque et  le camerounais se sont trompés de route. Je gagne au sprint et prends le 2ème place de l’étape.
Superbe expérience. Super Tour. 5 places dans les 10 premiers, 2 podiums dans les 2 villes les plus importantes de ce pays. Une ambiance de Tour de France, avant, pendant et après la ligne d’arrivée. Des milliers de personnes sur les bords des routes. Les interviews aux journaux, aux radios et aux télévisions .
On me propose de repartir vendredi prochain pour Taïwan.  On rentre mardi matin à Bruxelles et mercredi matin, pour commencer ma dernière année , j’ai déjà un T.D. C’est bien dommage".

J.M. Boucher
Jean Marc BOUCHER
 
AUTOUR DU MAILLOT JAUNE 2008 PAR JEAN CHARLES NOEL

Vélo Lorraine : Jean-Charles, quel est votre parcours sportif ?
JCN : J’ai démarré le vélo à 20 ans en FFC à Saint-Dié et après avoir réussi à gagner une épreuve en 93, je me suis lancé dans le duathlon et le triathlon en créant le TCD (Triathlon Club Déodatien) et en parallèle je courais occasionnellement en ufolep (à Taintrux). Puis, j’ai progressivement laissé tomber le Triathlon, c’était devenu trop prenant, et j’ai continué à prendre du plaisir à courir sur route en Ufolep jusqu’en 1999 à l’AC Epinal. Je totalise une 20aine de victoires en 1ere caté Ufolep, dont une étape des Routes de la Mirabelle en 1998 avec une 3eme place au classement général.
Fin 1999, que ce soit personnellement ou professionnellement (lancement de Kuota en France) ; j’avais beaucoup trop de choses à faire pour continuer le vélo de compétition.

Vélo Lorraine : Et cette année, c’est le grand retour ?
JCN : Oui, l’été dernier dans les Alpes, je me suis vraiment fait peur, tant je montais lentement, j’étais lourd, collé à la route. Je me suis dit qu’il était temps de réagir.
Alors, j’ai remis en route en automne tranquillement, puis j’ai signé avec l’équipe Pro-Continental Agritubel. Etre au contact de gars comme Moreau, Vogondy, Feillu,… c’était une motivation supplémentaire. Alors sans trop me prendre la tête, j’ai repris une licence au VSG avec l’intention de renouer avec la compétition, 9 ans après ma dernière course. Alors, vous pensez ! le titre de Champion de Lorraine 30/39 ans, jamais je n’aurais pensé le gagner cette année. Je pense que le niveau depuis 9 ans a un peu progressé, surtout pour les 5 ou 6 meilleurs, mais c’est normal ils alternent courses Ufolep et courses FFC (certains courent avec les 2 FFC) et puis ce qui a changé c’est la taille des pelotons. A mon époque, les1 et 2 couraient ensemble et on était 25/30 au départ.

Vélo Lorraine
 :
Quel est votre rôle auprès de Kuota ?
JCN :
En fait, je suis directeur commercial de Valdenaire SA (grossiste dans le milieu du vélo) à Saint-Etienne-les-
Remiremont, et avec mon vécu de cycliste, j’ai en charge tout ce qui touche au vélo de route. Depuis 2000, la plus part de mon temps est consacré à la mise en place de Kuota (marque italienne) qui venait de voir le jour en Italie. Il a fallu installer cette marque auprès des magasins de vélo haut de gamme, auprès des médias, des tops teams… C’est dans ce cadre là, que je rencontre en juin 2007, le staff d’Agritubel. Le courant passe tout de suite, la confiance s’installe et nous convenons d’un protocole de partenariat qui sera entériné par la maison mère à Milan.
Vélo Lorraine :Cette marque était jusqu’alors plutôt connue dans le milieu du Triathlon ?
JCN : Oui c’est vrai, les triathlètes ont de suite accroché sur le design de Kuota et de suite Kuota a sponsorisé des triathlètes de référence. Nous avons gagné deux fois l’Ironman d’Hawaï avec un allemand. En France, j’ai d’ailleurs sous contrat l’une des deux filles qui fera les JO à Pékin, Carole Péon. Le triathlon, c’est vraiment le sport que je préfère de part son ambiance, l’effort solitaire, les rebondissements… Mais il nous fallait encore passer un échelon, d’où le sponsoring d’Agritubel. C’est important, autant pour les volumes de vente que pour l’image technique que l’on veut donner à nos produits.

Vélo Lorraine
 :
Première équipe Pro pour Kuota et 1 er Tour de France ?
JCN : Oui, nous avions une bonne chance d’avoir une wild-card d’autant que le Pro-Tour était condamné, je ne voyais pas comment ASO ne pouvait pas nous prendre. Et donc je suis allé retrouver l’équipe à Brest, pour le Grand Départ. La Bretagne reste toujours une grande terre de cyclisme. Le temps de féliciter ’’Néné Vogondy’’ pour son titre de Champion de France, remporté de haute lutte à Semur-en-Auxois et c’était la première étape, première échappée avec Geoffroy ’’4L’’ Lequattre. Un personnage aussi celui là. Un vrai moteur, un vrai caractère, un talent pour la mode, la déco, … il connaît bien notre région, il était au Creps de Nancy. En fait, toute la semaine, on a vu les gars en tête de course. Il règne dans cette équipe une ambiance décontractée, mais sérieuse. Le public ne s’y trompe qui est toujours en masse devant le bus pour féliciter les ‘’Tubel’’. Quelle pub !

Vélo Lorraine : Contrat rempli pour toi ?
JCN : Oui vis-à-vis de la maison mère c’est toujours bon quand tu pousses un Athlète ou un Team et qu’il a des résultats. Et à Nantes, Romain Feillu prend le maillot jaune, et là pour nous c’est le graal ! Sur un coup comme ça, les retombées sont planétaires. Kuota USA, Belgique, Autriche, tout le monde m’appel.


Vélo Lorraine :Parles-nous de Romain, de Cholet ?
JCN : Il faut savoir que Romain Feillu, 24 ans, c’est l’âme de cette équipe. Il a tout d’un grand, comme dit la pub. Une tête bien faite, bien pleine, une envie folle de se faire une place, mais sans jamais écraser les autres. C’est pour moi, le meilleur potentiel français pour les courses d’un jour. Il sait tout faire. Cette année avec une toxo qui l’arrête 3 mois, il va faire une super saison. J’espère qu’il fera le Mondial de Varèse. Voilà un jeune capable de gagner sur des championnats. A Cholet, le bus était pris d’assaut, les gens l’ont attendu 4 heures durant, les TV, les photographes, il était hyper disponible avec tous. Un sourire, un autographe, une interview, il a complètement occulté sa performance sur le chrono.
L’échauffement a été moyen. J’étais là, dans le paddock à ses côtés et je voyais bien,qu’il n’était pas à son sujet. Et comment faire autrement, lui c’est plus le maillot vert son objectif pour 2010-2012 je pense. En tout cas, il a les qualités pour. Il fallait prendre le temps d’apprécier la lumière captée par le maillot jaune, de rendre un peu, tout ce que les supporters lui envoyaient comme encouragements. On échange souvent par mail, même quand il est sur le Tour.

Vélo Lorraine : Une longue journée alors que ce mardi ….
JCN : Ah oui ! Un beau rallye. Lorient-Nantes avec un excès de vitesse en prime. Encore un point de moins. Puis je prends des gars du staff d’Agritubel pour aller à Cholet, je me cale entre les deux voitures des directeurs sportifs et à leur allure (bonjour les frayeurs, ces gens là ne roulent pas comme nous) je rejoins Cholet. Là, je monte avec Fred. Mainguenaud le 3eme directeur sportif, pour suivre David Le Lay. Je prends les temps intermédiaires et j’assure l’assistance roues. Ouf, il n’a pas eu besoin de mes services. Puis, j’accueil des clients sur le paddock, je distribue des prospectus, j’aide les mécanos, et j’encourage les gars. A 18h00, je repars direction les Vosges, 750 km. Des souvenirs plein la tête, on oublie vite la fatigue.
Jean Charles Noël
Jean Charles NOEL - 2008
 
MON RAID EXTREME VOSGIEN 2008 PAR FRANCIS MENGIN

Cela faisait déjà un p’tit moment que j’avais ce rêve en tête, et je me suis dit que c’était cette année ou jamais. Alors j’ai pris part à cette édition du raid Extrême Vosgien, cher à Jean Claude Arens, aussi organisateur de la cyclosportive « Les 3 ballons ».
Un parcours extrême mais de rêve au cœur des Hautes Vosges et en plus autour de chez moi !
Quand j’ai découvert ce parcours en début d’année, je l’ai tout de suite tracé dans ma tête et il s’y est gravé dès le début.

Je le connaissais donc par cœur, dans ses moindres détails et c’est sans préparation spécifique que je me suis présenté au départ. Un entraînement dans les cols vosgiens ces deux derniers mois, 6500 kms dans les jambes et 34 années de compétition devaient me suffire pour aborder cette course avec une certaine sérénité.
J’ai choisi de faire le parcours en semi assistance avec une voiture suiveuse pour la nuit par mesure de sécurité et le reste tout seul. Je remercie mon épouse Sylvie et mon fils Erwan. .

Km 0 : 11h , départ précis devant la mairie de Champagney, 28 courageux partent tranquillement sous les yeux de quelques spectateurs et accompagnateurs.
Km 10 : je me laisse glisser à l’arrière pour mémoriser les concurrents et échange quelques mots avec Jean Marc Velez ( le seul Français ayant terminé la RAMM , course transaméricaine de 5000 km en 11 jours). Il me parle de sa récente fracture du bassin et de sa convalescence. Tu parles d’une rééducation !!! Respect à lui. Il me dit également que Huges Rico (n° 1 français) devrait se bagarrer avec Laurent Boursette, ce qui fut bien le cas. Pascal Bride, dit « la moulinette » sera aussi de la fête.
Km 15 : les premières rampes arrivent vite, je me place devant pour voir le fameux coup de pédale en danseuse de Rico, ce sera pour moi la seule occasion de le regarder danser…, C’est vrai qu’il a un style bien à lui. Mais à ce moment de la course, c’est bien la Moulinette qui imprime le rythme. Je ne reste pas longtemps derrière eux, je comprends tout de suite que je ne les reverrai plus. Je monte alors à mon rythme le ballon de Servance. Je m’étais fixé 145 pulsations maxi et je suis déjà presque à 160 ; je relâche donc mon effort et passe le sommet en 8ème position. Il y a déjà de gros écarts en 23 km….
Km 25 : j’attaque prudemment la première descente récemment goudronnée.
Km 29 : col des Croix, j’arrive à un croisement avec un vrai stop ! Bien signalé ! Quelques spectateurs, mais surtout des accompagnateurs attendent leur coureur. En effet, les voitures d’assistance étaient jusque là interdites dans la traversée de la zone protégée de la forêt du ballon de Servance. Là, petite frayeur, parmi eux, un homme en bleu avec stylo et papier ! Je donne tout sur les freins pour piler et poser le pied sur la bande du stop !!!! Après coup, je ne vois pas de gendarme. Il s’agit sûrement d’un suiveur qui prend les écarts. Ouf !!! Dans la descente vers Le Thillot, j’y repense et me dis que je dois bien être le seul a avoir marqué ce stop...
Km 33 : je suis obligé de m’arrêter pour prendre mes bidons dans le coffre de ma voiture d’assistance et quelques coureurs me passent.
Puis, je me retrouve vite dans la montée du Ballon d’ Alsace.
Km 55 : je me fais plaisir dans les virages techniques de la descente sur Sewen, avec Jean Paul Briot. Une moto n’arrive pas à nous lâcher. Le conducteur, certainement excédé, finit par se garer un peu avant le lac d’Alfred , et à nouveau du plaisir dans les derniers lacets.
Km 66 : Sewen, cette fois, je laisse la fontaine du village où je m’arrête habituellement lors des « recos » pour filer à 38 km/h, vent dans le dos. Le retour sur Giromagny sera plus dur avec cette fois un vent contraire.
Km 96 : comme j’ai horreur d’avoir les mains collantes à cause des aliments sucrés, je m’arrête pour me rincer les doigts et laver mes leviers de frein. Au moment où je repars, ma sœur Edith me fait un p’tit coucou ! “ Désolé , je n’ai pas le temps de m’arrêter .
Km 105 : dans la montée du ballon, je suis 100 m derrière Jean Paul. Tout à coup, il s’arrête et saute dans la rigole pour se rafraîchir les pieds. Bizarre, il ne fait pas si chaud !!! Je me dis : « Il est déjà mal ! Mais, il ira bien au bout ! »
Km 116 : « ravito » du ballon, je signe la feuille, avale un mini sandwich, enfile mes manchettes et plonge sur St Maurice tout en restant prudent vers la Jumenterie à cause du gravillonnage récent.
Km 124 : au stop à St Maurice, je rencontre un bouchon avec beaucoup de motos, je coupe à gauche, ouf je m’en sors bien !
Km 129 : Le Thillot , je passe sur le trottoir pour éviter le feu rouge.
Km 135 : Travexin, Sylvie et mon fils Emeric sont là pour me passer deux bidons et un morceau de gâteau sport.
Km 165 : montée du Markstein, j’aperçois un cycliste qui me rattrape très vite, il arrive à ma hauteur. Ouf !! il n’a pas de plaque sur son vélo, c’est un gars du coin qui fait sa petite sortie de fin de semaine. « Alors, on fait sa petite sortie du soir !!!!»
Je souris et lui dit : «Une petite grande sortie alors !!! Quand je lui dis qu’il me reste 350 km , il est vraiment surpris, c’est le moins que l’on puisse dire et je le laisse filer devant moi .
Km 175 : tout se passe bien sur la route des crêtes.
Km 183 : j’attaque la descente de la route des Américains, descente très technique, sûrement la plus dangereuse du parcours, surtout quand on ne la connait pas .
Km 192 : la Bresse, comme le prévoit le règlement, il est possible d’emporter un téléphone portable (bien utile lorsque l’on est seul), j’appelle Sylvie pour le « ravito » de Grosse Pierre. Frayeur, elle m’annonce que j’ai oublié mes lampes dans ma voiture au départ !! Je suis surpris et doute un peu, je suis sûr de les avoir mises dans le coffre, la veille au soir. Je monte le col un peu contrarié. Beaucoup de gens de ma famille m’attendent, je m’arrête et soulagement, je retrouve les fameuses lampes sous les sacs. Je me change, essaie de manger quelques pâtes, installe les lampes et mes mon gilet fluo (« Il est moche, il est jaune, il ne va avec rien, mais il peut sauver la vie !!!Pub !!! ). Je m’affole un peu dans la descente sur Gérardmer. A ce moment de la course , je suis 6ème, suivi de peu par l’Alsacien Philippe Messerlin . On restera ensemble jusqu’au col de Wettstein.
Km 238 : au col du Bonhomme, deux très beaux ânes me regardent passer, je pense revenir les prendre en photo.
Km 244 : contrôle du col du Calvaire, pas trop d’appétit. Je ne m’attarde pas, je me sens mieux sur le vélo plutôt que debout devant la table.
Il fait très frais sur les crêtes Vosgiennes entre le jour et la nuit. Mais, que les Vosges sont belles dans ces moments là !!
Je rappelle Sylvie pour être sûr qu’Erwan m’attende bien au col de la Schlucht . Grrrrrrrrrr, il n’est pas là ! !! Je ne vais quand même pas bien vite !!! Mais, surprise, il y a quand même du monde pour moi : mon beauf Bruno avec mes nièces Zelie, Guenolé et Candice sont venus m’encourager. Merci à eux. Un petit arrêt pour enfiler un coupe vent puis j’allumer mes lampes et plonge sur Soultzeren .
En bas, j’aperçois les deux gyrophares des premiers qui filent déjà vers Munster : ouahhhh, ils ont bien une heure trente d’avance sur moi .
Erwan me rejoint en voiture à la mi- col de Wettstein.
Km 276 : au sommet, changement complet de fringues, échange de bidons et Messerlin est déjà là. Il me demande si tout va bien, «Oui, c’est bon ». Tout va bien en ce début de nuit encore sèche...
Km 302 : contrôle du Collet du Linge, je prends un coupe vent et c’est reparti dans la descente de Horodberg, belle descente technique de nuit, super moment, je relance bien après les épingles à cheveux comme si l’arrivée était en bas : un vrai moment de pur bonheur.
Km 313 : deux gros morceaux arrivent, le petit Ballon et le Platzerwasel. C’est très dur dans les premières rampes avec un fort pourcentage. Je suis à la limite des crampes, merci le 34 x 27. Je vois plus mes « puls » sur mon compteur et ma fois, c’est pas plus mal du tout !!! C’est long , mais ça va aller. Et même de nuit, je sais exactement où je me trouve. Tiens, je vois le gyrophare de Philippe au niveau de la ferme auberge du petit Ballon, on mange un morceau ensemble au sommet .
Km 324 : je descends juste devant lui mais, il descend mieux que moi, il doit mieux connaître. Il me dépasse vite dès les premiers mètres de la très dure montée du col de Platzerwasel. Je le laisse filer, les trois derniers kilomètres sont encore plus pénibles avec un gros gravillonnage récent, danseuse impossible .
Km 350 : les premières gouttes de pluie apparaissent pour le changement de chauffeur au Markstein , je m’arrête à peine.
Km 357 : le Grand Ballon, il pleut bien, 7° et déjà 3 heures du mat. Mais je vais encore pas mal, je me change pour la descente vers le col Amic.
Km 363 : toujours accueilli par le sourire, je signe la feuille de contrôle du col Amic. Je ne peux que boire un thé doux sucré et c’est reparti pour la boucle de Soultz. Vers le Veil Harmand , je croise un faon qui passe à cinq mètres de ma roue avant, une chance que la route soit plate !!! Un peu plus loin, un renardeau court devant moi sur une quarantaine de mètres, inoubliable...
Km 385 : seul endroit que je n’ai pas reconnu. J’arrive au feu à Soultz, je ne vois pas la pancarte m’indiquant le col Amic, il y a juste une petite voiture arrêtée au feu. Je m’approche pour demander ma route mais les deux jeunes filles prennent peur et redémarrent en trombe en grillant le feu rouge. J’attaque la longue montée avec ses fameux nids de poules près du camping. Hop là , une grosse grenouille me regarde à travers les phares, au milieu de la route ruisselante.
Km 397 : retour au ravito du col Amic, ça roule bien mieux sur le haut ! Et rethé doux sucré et p’tit pipi …Hop, on bascule vers la vallée .
Km 405 : Willer sur Thur, je m’arrête sous une station service pour me changer une dernière fois, sous les yeux étonnés d’un piéton, normal je pense pour un dimanche à 6 heures du mat. Ma voiture me quitte là. Je me retrouve seul pour faire le reste. J’escalade le col de Hunsruck, pas bien vite...
Km 422 : Masevaux, c’est là que j’ai mon p’tit coup de moins bien, mes yeux se ferment, mais je trouve une astuce : comme il pleut toujours, je me passe un coup de gant mouillé sur la figure, ça réveille bien !!! Mais, il faut aussi bien boire et manger.
La montée du Ballon d’Alsace se passe finalement assez bien.
Km 456 : je fais le plein de mes bidons à une fontaine de Giromagny, il y a encore de la route et de surcroît assez bosselée jusqu'à Plancher Bas.
Km 464 : dernier contrôle et là surprise, le gars m’annonce que l’organisateur supprime la dernière boucle du col des Croix par mesure de sécurité à cause de toute la pluie de la nuit. je suis presque déçu !!! Enfin, en y réfléchissant bien, tout le monde est quand même content !!! Je repars donc de plus belle vers la dernière montée, celle de la Planche des Belles Filles, mais là, plus dur : des passages à 17% après 470 kilomètres, ça calme et ça reste gravé à jamais. OUF, j’y suis !! Tiens pas de belles filles ………..

Résumé : 475 km, 23h 21, 11 000 mètres de dénivelé et 21,56 de moyenne avec environ 30mn d’arrêt, pas d’ennuis particuliers, juste les genoux douloureux, un peu la nuque aussi, bien sûr un bon mal aux cuisses et les fesses nickelles (ce que je craignais le plus). Donc, je suis très satisfait de moi, mais c’est quand même un truc de fous. Avis aux amateurs pour 2009.

Francis Mengin
Francis Mengin 2008
 
 
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